La question de l’interdisciplinarité

Pour développer l’interdisciplinarité [1], les grands instituts de recherche et les universités ont agi à la fois par une politique volontariste [2] de greffe (élargissement des activités de recherche des unités par le recrutement de chercheurs “exogènes” à leur discipline principale) et/ou par le développement de coopératives de recherche (structures de type fédératives, dont la raison sociale est donnée par une coloration scientifique qui justifie le regroupement d’unités disciplinaires). Ces formes d’action permettent de rendre compte de synergies interdisciplinaires, et favorisent l’émergence de projets individuels. La troisième voie, beaucoup plus ambitieuse en termes de démarche de recherche, est de créer des équipes pluridisciplinaires qui placent l’interdisciplinarité au centre de leurs projets scientifiques, dans l’objectif d’explorer des voies de recherche réellement nouvelles. De telles initiatives sont encore rares en France [3], le contre-exemple, remarquable à plus d’un titre, étant le laboratoire transdisciplinaire Joliot-Curie de l’ENS Lyon dont la vocation est de favoriser le développement de démarches originales vers les objets biologiques par des chercheurs d’autres disciplines (http://www.ens-lyon.fr/Joliot-Curie/).

A l’instar de cette UMR , nous pensons que c’est en plaçant l’interdisciplinarité au cœur de la cellule élémentaire de recherche – l’équipe – que nous pourrons à la fois créer les conditions collectives de stimulation intellectuelle nécessaires à toute prise de risque, et mettre en place une gouvernance et des moyens qui favorise l’émergence de projets de plus haut niveau scientifique.

La définition d’un objectif de recherche est évidemment primordial car l’interdisciplinarité n’est ni un gage de qualité ni un gage de cohérence. La réussite du projet passe aussi par une gouvernance claire et des moyens définis. Ce sont ces trois points que nous déclinerons pour justifier l’émergence de l’équipe RISC-E « Recherches Interdisciplinaires sur les Systèmes Complexes en Environnement ».

Mis en ligne le lundi 10 mai 2010

Notes

[1] Quelques définitions utiles pour faire une différence sémantique entre pluridisciplinarité, transdisciplinarité et interdisciplinarité. La pluridisciplinarité est le niveau qualificatif le plus bas ; il indique la juxtaposition de différentes disciplines dans une démarche qui a minima partage un objectif commun, de préférence de manière complémentaire. Le transdisciplinaire est l’apport d’une discipline à une autre (un physicien qui s’intéresserait à la biologie) ; il favorise le transfert de « technologies » et permet l’élaboration de points de vue différents. L’interdisciplinarité, c’est le franchissement de nouvelles frontières avec une dimension nouvelle qui va au-delà des composantes disciplinaires. C’est une manière de mettre la question, dans toutes ses dimensions, au centre de la démarche de recherche.

[2] Le caractère volontaire et intentionnel étant généralement porté par l’institution elle-même et pas par la structure opérationnelle de recherche.

[3] La plupart des « équipes » interdisciplinaires sont des groupements de chercheurs, travaillant sur des problématiques très ciblées dans des endroits différents (citons par exemple l’ « équipe Transdisciplinaire sur l’interaction et la cognition » des universités de Metz et Nancy II). Il s’agit plutôt de projets que de véritables équipes.